Des chiens qu’on aide et qui aident
Son attelage a belle allure avec sa paire de huskies roux, Ty et Toundra et les cinq autres chiens qui seraient manifestement désireux qu’on s’intéresse à eux. « Ils ont l’air en forme mais ils ont tous vécu des situations difficiles » explique Elodie Haudiquet. La jeune femme a créé à Brenod (Ain), en 2023 La Ferme des résiliants pour accueillir les animaux victimes de maltraitance ou d’abandon. « Au départ, c’était surtout pour sauver des huskies. Ce sont des chiens que j’aime beaucoup et souvent les gens qui les adoptent ne se rendent pas compte qu’ils ont besoin de faire l’exercice tous les jours » raconte la jeune femme qui récupère au fil des mois et des occasions des chiens « cassés par la vie ». « Les deux roux, frère et sœur, étaient attachés à la chaîne toute la journée. Quand on les a récupérés, ils étaient obèses ».
Après une réadaptation progressive, leur naturel à la fois sociable et dynamique permet de les faire travailler. « Notre présence dans ce Trophée de Haute-Savoie est l’aboutissement de la rééducation que l’on a fait au cours de l’année » poursuit la jeune femme. « Le premier jour de course était chaotique et le 2è ça s’est bien mieux passé. Ils ont compris leur rôle. Ils apprennent vite » se félicite la jeune musheuse avec le sourire.
Dans l’année, Elodie et son mari organisent des promenades avec les chiens. Ils apprennent aux enfants à s’occuper et soigner les animaux. Mais le couple ne s’est pas arrêté en si bon chemin dans leur beau projet altruiste. Geoffroy Hodicq est un sous-officier, ancien militaire, blessé de guerre en Afghanistan. Il a créé la Fondation Résilience. « Pas grand-chose n’est prévu pour nous aider. J’ai des collègues blessés qui sont devenus sdf, ou alcooliques. Je leur ai proposé de se joindre à nous pour se remettre d’aplomb, puis je leur ai fait faire des formations pour encadrer des jeunes délinquants » raconte l’ancien militaire. Son association compte désormais 500 anciens militaires. « On est agréé par le ministère de la justice qui nous envoie des gamins au fond du trou. Les premiers jours sont difficiles et petit à petit avec les chiens, ils sortent de leur délire. On les responsabilise en leur expliquant que les animaux ont besoin qu’on s’occupe d’eux, qu’ils ont été maltraités et les jeunes s’identifient et ça les aide à se détacher de leur mal être pour trouver la capacité à aider. Ça a un effet miroir » conclut-il.
L’encadrement de ces jeunes se fait de façon militaire. « On part quelques jours bivouaquer dans la montagne, avec les chiens. Pas de téléphone, pas de drogue, pas d’alcool. Ce n’est pas toujours facile mais on arrive à les faire repartir du bon pied. C’est souvent long mais on ne les lâche pas » conclut Geoffroy dont l’association a déjà accompagné 3000 jeunes grâce à l’aide de près de 500 anciens blessés militaires ou pompiers. Dans leur projet de réinsertion, les chiens ont littéralement le rôle clé.
Patricia-M. Colmant