Concert a capella au bivouac

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Nuit calme sous un croissant de lune évanescent. Par deux ou trois, les chiens, lovés l’un contre l’autre, le museau sur les pattes, dorment du sommeil du guerrier qui a fait du bon boulot. Le silence écrase les meutes des 13 concurrents encore en course dans La Grande Odyssée Savoie Mont Blanc. Plus loin, en contrebas, on perçoit quelques aboiements qui s’évanouissent dans le lointain. Ce sont les chiens du Trophée Haute Maurienne Vanoise qui s’expriment. Mais sur la « stake » des pro c’est tranquille. Puis soudain, un « wouf » sourd perce dans la nuit. Un deuxième, plus bas. Suit un grondement et soudain quatre, cinq, dix aboiements rauques déchirent l’atmosphère. En écho, d’autres chiens répondent, se parlent, quelques uns chantent, certains grognassent sans conviction, histoire de participer à ce concert improvisé. Ca murmure, le nez dans la paille, ou ça hurle, gorge en silhouette vers le ciel, les mâchoires s’entrouvent pour faire des vocalises. La partition, a capella, de chacun est belle, au pied des dernières hauteurs du Mont Cenis. L’ensemble concertiste tend à la cacophonie... Pas sûr que la prestation soit au goût des mushers. Les attelages ont parcouru, en fin d’après midi, entre Lanslebourg Val Cenis et le col du Mont Cenis 60 km à presque 20 km/h de moyenne, malgré les 2000 m de dénivelée positive. Si le chant des chiens dans la nuit a quelque chose de magique sous ce ciel scintillant de milliers d’étoiles, l’heure est désormais au repos. Celui des athlètes et de leur maître.  L’ensemble de la troupe s’est installé à coté de la base polaire construite par les chasseurs alpins du Groupement d’Aguerrissement en Montagne pour un bivouac en autonomie. Il est donc souhaitable que la représentation, aussi talentueuse soit elle, s’interrompe avant la fin du premier acte…

Dès son arrivé au bivouac, l’Espagnol Salva Luque qui a terminé premier de cette manche de l’étape 7 a tranquillement installé son attelage pour la nuit. Sa meute bien en ligne droite depuis son traineau qui reste au bord de la « stake » (l’espace aplani pour le bivouac) jusqu’à la tente, plantée à l’opposé du spot, attend les soins. Ce soir, ils sont un peu moins rapides à venir qu’habituellement. Les mushers sont seuls, sans l’aide de leurs fidèles handlers. Il sort quelques affaires de son panier dont la « stake out »(un filin) qui va lui servir à accrocher ses chiens pour la nuit. Il la tire et la plante au pied de sa tente. Ensuite, le musher détèle ses chiens et les attache par deux, le long de la stake d’une quinzaine de mètres. Il faut  leur retirer le harnais et les couvrir d’un manteau pour qu’ils ne se refroidissent pas par ces températures polaires. Hier soir le thermomètre est tombé sous -10°. Une botte de paille à disposition et le musher organise pour chaque couple un nid douillet afin que ces coureurs puissent trouver confort et sommeil réparateur. Si l’organisation fournit l’eau, le musher doit se débrouiller pour la réchauffer et préparer la pâté des chiens. Le vent, heureusement léger ce soir, fait vaciller la flamme du réchaud. En attendant, les athlètes de Salva Luque on droit à des boulettes de viande congelée qu’ils avalent goulûment. A chaque arrivée, le voisinage canin lève le museau, surveille qui vient s’installer à côté,  manifeste une éventuelle réprobation si l’odeur du copain n’est pas à son goût. Une babine se soulève pour montrer les crocs. Une patte en l’air, un autre marque son territoire. Les minutes passent. Chaque attelage trouve sa place. Chaque musher fait chauffer son eau et étale sa paille, retire les bottines des coureurs, les couvre de leur manteau.  Les chiens se couchent. Certains dorment déjà profondément sous une couverture. Le silence règne. La nuit reprend ses droits, jusqu’à ce qu’un « wouf » sourd se fasse entendre…

Patricia-M.Colmant 
 

Salva LUQUE

Salva
LUQUE

Espagne Espagne [43 ans]

Finisher : 2012, 2010, 2009

Sponsors : CANUN

Palmarès :
LGO 2012 (4)
LGO 2010 (12)
LGO 2009 (10)
Pirena 2006 (3)
Pirena 2004 (3)

Biographie :
Après avoir concentré son effort sur la mid-distance, Salva a décidé en 2009 et 2010 de tenter La Grande Odyssée Savoie Mont Blanc avec succès. Il revient en 2012 pour tenter de faire mieux.